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Photo du plan d'eau de Fleurville Photo du plan d'eau de Fleurville

L’évaluation environnementale

À quoi sert l’étude d’impact ?

Avant de construire un parc solaire, même sur l’eau, la loi impose de se poser une question fondamentale : quels effets ce projet pourrait-il avoir sur son environnement ? C’est précisément l’objet de l’étude d’impact environnementale, rendue obligatoire par le Code de l’environnement pour tout projet d’une certaine envergure.

Cette étude n’est pas une simple formalité administrative. Elle vise à produire une connaissance rigoureuse et partagée de l’état de la nature avant tout aménagement, à identifier les sensibilités du site, puis à guider les choix de conception du projet pour en réduire les effets négatifs au maximum.

Le processus se déroule en plusieurs grandes étapes :

  1. L’état initial : on photographie le site tel qu’il est aujourd’hui : sa biodiversité, ses paysages, ses usages, ses milieux naturels.
  2. L’analyse des impacts : on évalue ce que le projet changerait, que ce soit pendant les travaux ou une fois le parc en fonctionnement.
  3. La définition des mesures : on conçoit et ajuste le projet pour éviter, réduire, puis compenser les impacts identifiés.
  4. Le suivi : une fois le projet réalisé, on vérifie que les mesures prises fonctionnent bien.

Qu’étudie-t-on concrètement ?

L’étude d’impact ne se limite pas à la faune et à la flore. Elle embrasse l’ensemble des composantes de l’environnement qui pourraient être concernées par le projet :

  • 🌿 La biodiversité : les plantes, les insectes, les oiseaux, les mammifères, les amphibiens, les chauves-souris…
  • 🌊 Les milieux aquatiques et zones humides : la qualité de l’eau, les milieux humides riverains, les habitats liés à l’étang et à la Saône.
  • 🌳 Les habitats naturels : les différents types de végétation présents sur le site et aux alentours, leur rareté, leur intérêt écologique.
  • 🏞️ Les paysages : comment le projet s’insère-t-il dans le panorama local ? Quels riverains ou promeneurs pourraient le voir ?
  • 👥 Les usages humains : la pêche, les promenades, les activités agricoles environnantes.
  • 💧 L’hydrologie : les risques d’inondation, la connexion entre le plan d’eau et la Saône.

La séquence « Éviter – Réduire – Compenser »

Le principe fondateur de l’évaluation environnementale est la séquence ERC : Éviter, Réduire, Compenser. C’est une logique progressive et exigeante qui s’applique dans cet ordre strict :

  1. Éviter : C’est la priorité absolue. Si une partie du site abrite un enjeu écologique majeur (une espèce protégée, un habitat rare), le projet doit être conçu de façon à ne pas y toucher. Cela peut conduire à déplacer des équipements, à renoncer à certaines zones d’implantation, à modifier le tracé des pistes d’accès.
  2. Réduire : Lorsque l’évitement total n’est pas possible, on cherche à minimiser l’impact. Par exemple : adapter le calendrier des travaux pour ne pas déranger les oiseaux en période de nidification, aménager des clôtures perméables à la petite faune, réduire les sources de lumière artificielle nocturne qui perturbent les chauves-souris.
  3. Compenser : Si, malgré tout, un impact résiduel significatif persiste après les mesures d’évitement et de réduction, le porteur de projet doit mettre en place des mesures compensatoires : restauration d’un milieu équivalent, gestion écologique d’une parcelle voisine, etc. La compensation n’est pas un « droit à détruire » : elle n’intervient qu’en dernier recours.

Pour le savoir plus : La séquence ERC est inscrite dans l’article L.110-1 du Code de l’environnement. Elle est pilotée par les services de l’État (DREAL) dans le cadre de l’instruction du dossier.

Qui réalise l’étude ?

L’étude d’impact est confiée à des bureaux d’études indépendants, spécialisés en écologie. Pour le projet de Fleurville, le porteur de projet a mandaté le bureau ARTIFEX Conseil / SOCOTEC Aménagement Biodiversité, qui a mobilisé une équipe pluridisciplinaire : écologues botanistes, ornithologues, entomologues, chiroptérologues (spécialistes des chauves-souris) et pédologues. Les résultats de l’étude sont soumis à l’instruction des services de l’État et feront l’objet d’une consultation du public dans le cadre de la procédure réglementaire.

Les résultats de l'étude d'impact sur le site de Fleurville

Le site pressenti pour accueillir le projet photovoltaïque correspond à une ancienne gravière réaménagée en étang de pêche au début des années 2000, situé en limite est de la commune de Fleurville (Saône-et-Loire), à environ 20 km au nord de Mâcon. Ce plan d’eau est connecté à la Saône et entouré de milieux naturels variés : prairies humides, roselières, boisements riverains et berges végétalisées. Un sentier de promenade en fait le tour.

La zone étudiée couvre au total 43 hectares (site d’étude et bande tampon de 50 mètres), et les recherches bibliographiques portent sur un rayon éloigné de 5 km.

Le contexte réglementaire et les protections existantes

Avant même les inventaires naturalistes, les écologues analysent les zonages de protection inventoriés et ont consulté les bases de données permettant de mieux cibler les inventaires.

L’aire d’étude éloignée est concernée par plusieurs protections réglementaires liées à la vallée de la Saône :

  • Une Zone de Protection Spéciale (ZPS) et une Zone Spéciale de Conservation (ZSC) au titre du réseau européen Natura 2000, des désignations qui signifient que ces milieux abritent des espèces et habitats d’intérêt européen, en rive gauche de la Saône.
  • Un Arrêté de Protection de Biotope (APB), outil de protection des habitats d’espèces sauvages, en rive gauche de la Saône.
  • Des terrains gérés ou acquis par le Conservatoire des Espaces Naturels (CEN) de Bourgogne, dans un rayon de 2,6 à 4,7 km.

En matière d’inventaires, le site d’étude est intégralement inclus dans une ZNIEFF de type I intitulée « Saône aval et confluence avec la Seille », un zonage qui reconnaît la présence d’espèces et d’habitats naturels d’intérêt écologique notable.

Enfin, la commune de Fleurville est intégrée au SCoT du Pays Mâconnais-Sud-Bourgogne, qui identifie le site comme un réservoir de biodiversité de la trame bleue humide, et le PLUi classe la gravière en zone naturelle.

Les habitats naturels : une mosaïque de milieux humides remarquables

Les écologues ont réalisé des relevés systématiques de la végétation sur l’ensemble du site, en cartographiant chaque unité de végétation à l’aide d’applications GPS et de référentiels botaniques normalisés (EUNIS, Corine Biotopes, Natura 2000). Une seule session de terrain a été réalisée pour la flore et les habitats le 7 mai 2025, une période présentant des conditions propices à l’identification des espèces printanières.

La grande diversité des milieux est l’une des premières caractéristiques du site. On y trouve, de l’eau vers les terres :

  • Un plan d’eau (la gravière) bordé de formations aquatiques à Myriophylle en épi et de Nénuphar jaune, qui forment un cordon végétal de 5 à 10 mètres tout autour.
  • Des cariçaies et roselières (formations à joncs et roseaux) sur les berges.
  • Des prairies humides très variées : prairies de fauche mésohygrophiles, prairies alluviales inondables caractéristiques du val de Saône.
  • Des boisements riverains à Aulne glutineux et Saule blanc, sur l’îlot central du plan d’eau.
  • Des saussaies marécageuses à Saule cendré à l’ouest du site.
  • Des milieux plus perturbés (friches, ronciers, pelouses) aux abords des chemins.

Les zones humides : un enjeu majeur

La réglementation française (arrêté du 24 juin 2008, conforté par la loi de 2019) définit précisément ce qu’est une zone humide : un milieu caractérisé soit par la présence de plantes spécifiques aux milieux gorgés d’eau, soit par un sol hydromorphe (un sol que l’eau sature régulièrement). Ces zones bénéficient d’une protection renforcée car elles jouent un rôle essentiel dans la régulation des crues, la filtration de l’eau et l’accueil de la biodiversité.

L’analyse conduite par les écologues a identifié 15 habitats caractéristiques de zones humides sur le secteur étudié, couvrant une surface cumulée d’environ 10,5 hectares et 2,46 kilomètres linéaires de berges et fossés. La quasi-totalité du site d’étude est concernée par des zones humides avérées.

Concrètement, cela signifie que les rives de la gravière, les prairies inondables, les roselières, les boisements riverains et les fossés sont autant de milieux humides que le projet devra prendre en compte avec une attention particulière.

La flore : des espèces rares présentes sur le site

Au cours de la session du 7 mai 2025, les botanistes ont effectué un relevé systématique de toutes les espèces végétales, en parcourant l’intégralité du site et en localisant par GPS les espèces remarquables. Les données ont ensuite été croisées avec les bases de données régionales (Lobelia, SINP, INPN).

198 espèces végétales ont été identifiées sur les 35 hectares prospectés. Le cortège est majoritairement composé d’espèces hygrophiles (liées aux milieux humides) : lychnis fleur-de-coucou, laîche des renards, cresson des marais dans les vases exondées, orme lisse dans les boisements alluviaux, cumin des prés dans les prairies de fauche.

Parmi ces 198 espèces, deux sont considérées comme patrimoniales :

  • La Laîche à épis noirs (Carex melanostachya) : enjeu très fort. Caractéristique des prairies alluviales inondables du val de Saône, cette plante rare en Bourgogne est présente en grandes populations sur le site. Sa présence témoigne d’une grande qualité écologique des prairies humides.
  • L’Œnanthe à feuilles de Silaüs (Oenanthe silaifolia) : enjeu fort. Protégée en Bourgogne Plante en danger d’extinction en Bourgogne, elle fréquente les prairies mésohygrophiles du val de Saône. Seulement 2 individus ont été observés sur le site. Sa présence, même ponctuelle, constitue un signal fort.

Par ailleurs, 16 espèces végétales exotiques envahissantes ont été recensées (dont l’Érable à feuilles de frêne et le Solidage géant), dont la gestion fait partie des enjeux à prendre en compte dans la conception du projet.

La faune : un site vivant, à toutes les saisons

Les oiseaux

L’inventaire ornithologique a été particulièrement complet, avec 6 sessions de terrain couvrant toutes les périodes biologiques clés :

  • 28 octobre 2024 : Migration postnuptiale (oiseaux quittant leurs sites de nidification)
  • 18-19 mars 2025 : Migration prénuptiale, amphibiens et oiseaux nocturnes
  • 18-19 mars 2025 : Migration prénuptiale, amphibiens et oiseaux nocturnes
  • Nuit du 17-18 avril 2025 : Oiseaux nocturnes nicheurs

32 espèces d’oiseaux patrimoniales ont été recensées. Le site joue des rôles variés selon les espèces et les saisons :

  • Le Phragmite des joncs niche directement sur le site, dans les roselières des berges : enjeu local très fort. C’est l’espèce pour laquelle le site est le plus crucial.
  • Le Bihoreau gris, le Héron garde-bœufs, la Cigogne blanche et le Milan noir nichent hors site (notamment sur l’île de Brouard, toute proche) mais viennent s’alimenter sur la gravière : enjeu fort pour la nidification.
  • Le Martin-pêcheur d’Europe, le Grèbe huppé, la Rousserolle effarvatte, le Râle d’eau, la Cisticole des joncs nichent sur le site : enjeu modéré.
  • En période migratoire et en hivernage, le plan d’eau accueille de nombreux canards, grèbes, limicoles et passereaux.

La présence d’une colonie d’ardéidés (hérons, aigrettes, cigognes) sur la proche île de Brouard, qui utilise la gravière comme zone d’alimentation, constitue l’un des enjeux ornithologiques majeurs à prendre en compte.

Les insectes

Les insectes ont été inventoriés par observation directe à vue et à l’ouïe (papillons, libellules, sauterelles), avec utilisation d’un filet à insectes. Les espèces patrimoniales potentielles ont fait l’objet de recherches ciblées dans leurs habitats favorables.

7 espèces d’insectes patrimoniales ont été observées. Parmi elles :

  • L’Agrion orangé (Platycnemis acutipennis) : enjeu très fort. Une belle libellule orangée, rare en Bourgogne-Franche-Comté (classée vulnérable), qui utilise le plan d’eau pour sa reproduction. Sa présence est directement liée à la qualité de la végétation aquatique immergée.
  • Le Tétrix des plages (Paratettix meridionalis) : enjeu très fort. Un petit criquet des zones exondées et vaseuses des bords d’étangs, en progression vers le Nord depuis les régions méditerranéennes. Deux individus ont été observés dans une zone unique sur le site : les vases exondées au nord de la gravière. La protection de ce micro-habitat est essentielle.

Cinq autres espèces présentent un enjeu modéré : l’Aïolope automnale, l’Anax napolitain, le Gomphe joli, le Sympétrum de Fonscolombe et le Sympétrum méridional.

Les chauves-souris (chiroptères)

L’inventaire des chauves-souris est une science à part entière. Il repose sur l’enregistrement des ultrasons émis par ces animaux lors de leurs déplacements et de leur chasse. Des enregistreurs automatiques ont été posés à 5 points stratégiques du site pendant plusieurs nuits (sessions printanière, estivale et automnale), complétés par des écoutes actives. Au total, 44 133 contacts ont été enregistrés.

16 espèces de chauves-souris ont été identifiées, un chiffre témoignant d’une richesse remarquable. Les niveaux d’activité sur le site sont qualifiés d’assez forts à très forts, notamment au-dessus du plan d’eau où le Murin de Daubenton chasse en rasant la surface de l’eau.

Parmi les espèces patrimoniales les plus remarquables, on note la Barbastelle d’Europe, le Grand Rhinolophe, la Noctule commune, la Pipistrelle de Nathusius et la Pipistrelle pygmée, toutes à enjeu fort sur le site. Ces espèces utilisent les berges, les boisements riverains et les lisières comme axes de déplacement et zones de chasse.

Les amphibiens et reptiles

Deux espèces d’amphibiens ont été observées : la Grenouille rieuse et la Grenouille verte, communes et non menacées. Du côté des reptiles, seul le Lézard des murailles a été contacté, le long des berges. Ces espèces, bien que protégées, ne présentent pas d’enjeu de conservation notable pour ce site.

Les mammifères

Deux espèces de mammifères patrimoniales ont été identifiées :

  • Le Castor d’Eurasie (Castor fiber) : enjeu modéré. Sa présence a été révélée par des indices typiques : des troncs d’arbres taillés en forme de crayon sur les berges, signature reconnaissable de cet ingénieur du vivant. Protégé par la Directive européenne Habitats, ce grand rongeur aquatique recolonise progressivement les cours d’eau français depuis sa réintroduction dans les années 1970.
  • Le Lapin de garenne : enjeu fort (espèce en régression nationale). Présent dans les prairies et les fourrés du site, il témoigne de la richesse des milieux semi-ouverts.

Les continuités écologiques : le site au sein du grand réseau de la nature

Au-delà des espèces prises individuellement, l’étude s’est intéressée à la place du site dans le réseau écologique du territoire, la Trame Verte et Bleue (TVB).

La TVB, introduite par les lois Grenelle, est un outil d’aménagement du territoire qui vise à maintenir des corridors permettant aux espèces de se déplacer, de se reproduire et d’échanger entre elles malgré la fragmentation des paysages par les routes, les villes et les cultures.

Le site de Fleurville occupe une position clé :

  • Il constitue un réservoir de biodiversité de la trame bleue (milieux humides), reconnu comme tel par le SRADDET Bourgogne-Franche-Comté.
  • Il s’inscrit dans le corridor écologique majeur de la Saône, l’un des axes de déplacement les plus importants pour les espèces de la région.
  • Les haies, fossés, ruisseau de Poiseuil et boisements riverains qui bordent le site constituent des corridors linéaires qui permettent les déplacements des petits mammifères, des insectes et des oiseaux.

Le site est identifié comme une zone à fort enjeu régional par les documents d’urbanisme : son développement doit impérativement être compatible avec la préservation de ces fonctions écologiques.

Les paysages : un site au cœur d’un territoire identitaire

L’analyse paysagère ne se limite pas à regarder le site depuis l’intérieur. Elle consiste à parcourir le territoire environnant pour comprendre comment le projet pourrait modifier ce que les habitants, les promeneurs ou les automobilistes voient – ou ne voient pas – depuis des dizaines de points d’observation différents. C’est ce que l’on appelle l’analyse des perceptions et des visibilités.

Deux périmètres ont été étudiés :

  • L’aire éloignée (rayon de 5 km), pour identifier les grands enjeux paysagers et patrimoniaux du territoire et vérifier depuis quels points lointains le site serait éventuellement perceptible.
  • L’aire immédiate (rayon d’environ 1,2 km), pour analyser les ambiances de proximité, les usages et les relations visuelles directes avec le site.

Les investigations ont associées prospection de terrain, prises de vues photographiques depuis des dizaines de points de vue, et analyse topographique (coupe de principe du relief, simulation des lignes de vision).

Le grand paysage : trois unités autour du site

Le territoire d’étude s’inscrit dans la vallée de la Saône, selon un axe Nord/Sud. Il est organisé en trois ensembles paysagers bien distincts, que l’on peut percevoir depuis les hauteurs alentour :

🌾 La plaine de la Saône, au centre. C’est le paysage dominant autour du site. Un relief plat, ouvert, parcouru par la Saône et ses affluents, parsemé de prairies humides, de marais, d’anciennes gravières et de boisements rivulaires. Une ambiance calme et lacustre, loin des axes de circulation et de l’urbanisation, qui constitue l’identité profonde du territoire. La Saône, fil conducteur du paysage, n’est pas toujours visible depuis ce fond de vallée : ce sont les franges végétales et les boisements qui en trahissent la présence.

Dessin d'une vue 3D de la vallée de la Saône

🍇 La Côte Mâconnaise, à l’Ouest. Les coteaux viticoles forment une longue façade boisée et cultivée qui domine la plaine. Les rangs de vigne organisent la pente en surfaces géométriques homogènes, créant un graphisme caractéristique du paysage bourguignon. Ces reliefs offrent des belvédères sur la vallée, dont les situations de vue les plus dégagées s’étendent jusqu’au département de l’Ain.

🌿 La plaine de la Bresse, à l’Est. Un paysage de bocage et de prairies, plus vallonné, traversé par la Reyssouze et ses berges arborées. Des fermes bressanes, des haies, des moulins anciens composent un paysage rural authentique et verdoyant.

Coupe de principe d'organisation du relief

 

Patrimoine historique et architectural

Le territoire recèle une richesse historique et architecturale remarquable. L’étude a recensé 12 monuments historiques dans le rayon d’étude, répartis sur les communes environnantes. Parmi eux : le Château de Marigny (le plus proche, à 640 m du site), plusieurs églises romanes, des maisons à cheminées sarrasines caractéristiques de l’architecture rurale de Bresse, des châteaux et un donjon médiéval.

Aucun de ces monuments n’est situé dans un rayon de protection couvrant directement le site, et aucun site archéologique ni Site Patrimonial Remarquable n’a été identifié. La DRAC a été consultée dans le cadre de l’instruction du dossier.

Ce que les gens voient – et ce qu’ils ne voient pas

C’est souvent la question qui préoccupe le plus les riverains : est-ce qu’on va voir les panneaux depuis chez moi ? Depuis la voie verte ? Depuis le belvédère ?

L’étude a apporté des réponses précises, point par point :

Depuis l’Est (plaine de la Saône, rive gauche, communes de Pont-de-Vaux, Boz, Vernay…) La platitude du relief, combinée à la végétation dense de la ripisylve, rend le site totalement imperceptible depuis la quasi-totalité de la rive gauche de la Saône. Aucune covisibilité avec les monuments historiques de ce secteur n’a été identifiée.

Depuis le Sud (Saint-Albain, autoroute A6, voie verte) Depuis la voie verte au Sud et les abords de l’autoroute A6, la trame végétale boisée occulte totalement le site (panoramas n°33, 35, 38). Il est invisible depuis St-Albain et la RD906 au Sud.

Depuis le Nord (Saint-Oyen, Thurissey, Mercey…) Au Nord, même constat : la platitude du relief et la végétation rendent le site totalement imperceptible (panoramas n°44, 55, 56).

Depuis l’Ouest (Côte Mâconnaise, belvédère de Viré) C’est depuis les coteaux de la Côte Mâconnaise que des perceptions ponctuelles sont possibles. En prenant de l’altitude sur les routes et chemins qui montent vers les vignes, le site devient partiellement visible au loin. Ces vues sont lointaines et depuis la route du Belvédère, le lieu-dit Le Buc ou le stade La Montagne. Depuis l’église Saint-Jean-Baptiste (MH8) et depuis les premiers rebords de coteaux, les boisements rendent en revanche le site invisible.

Depuis l’aire immédiate (RD906, voie verte, lieu-dit le Beau Soleil) À proximité directe du site, les visibilités sont plus importantes. Depuis la RD906, des ouvertures ponctuelles sont possibles, notamment depuis le rond-point d’accès au site (panorama 41) et en longeant la lisière Ouest (panorama 59), mais la végétation referme rapidement ces fenêtres vers le Nord. Depuis le lieu-dit le Beau Soleil, les maisons ne voient pas le site, mais le sentier de découverte qui borde le plan d’eau offre des vues directes sur l’eau. Depuis la voie verte, le plan d’eau et ses berges constituent un élément central du paysage lacustre perçu par les promeneurs et cyclistes (panoramas 15, 16, 19, 28).

Plusieurs photomontages viendront complétés l’analyse paysagère depuis des points de vue emblématiques à proximité du plan d’eau.

Perceptions du site d'étude

 

Les usages et le milieu humain : un site pleinement intégré dans la vie locale

Un espace de nature aménagé et très fréquenté

Le plan d’eau de Fleurville est un espace naturel : autour duquel des activités de loisir se sont développées attirant des habitants de la commune et des communes voisines, et  de plus loin.

Aménagé par la Communauté de communes dans une zone récréative, il offre un ensemble d’équipements complets :

🚴 Une voie cyclable et des pistes aménagées faisant le tour du plan d’eau, adaptées à la pratique du vélo et de la marche, empruntées par les familles tout au long de l’année.

🎣 La pêche, usage majeur du site, avec une rampe de mise à l’eau pour les embarcations légères, des postes de pêche aménagés et un parcours carpe de nuit.

🍃 Des aires de pique-nique, bancs et tables installés en bord de plan d’eau.

📖 Un sentier de découverte pédagogique, avec des panneaux d’information sur la nature et l’histoire du site, notamment son passé d’ancienne gravière reconvertie en espace naturel.

🛩️ L’aéromodélisme : une association pratique ce loisir sur un espace délimité de la berge Ouest, avec 4 à 5 rassemblements organisés chaque année.

Le site est également connecté à la voie verte « La Voie Bleue », l’un des itinéraires cyclotouristiques emblématiques de la région, qui longe les bords de Saône selon un axe Nord/Sud, attirant de nombreux cyclotouristes.

L’étude qualifie l’enjeu tourisme et loisirs de ce site comme très fort, c’est le niveau d’enjeu le plus élevé identifié dans le volet milieu humain. Cela signifie que la question de la compatibilité du projet avec ces usages est centrale dans la conception du parc.

L’histoire du site : d’une gravière à un espace de nature

Il est utile de rappeler l’histoire du site pour comprendre sa nature particulière. Le plan d’eau de Fleurville est issu d’une ancienne gravière : la société VAL DE SAÔNE MATÉRIAUX a extrait des granulats en rive droite de la Saône de 1988 à 2005. À l’arrêt de l’activité, les berges ont été remises en état. Depuis lors, la cavité remplie d’eau est devenue un plan d’eau de 19 hectares, directement connecté à la Saône, reconverti en espace naturel et récréatif.

C’est cette reconnexion à la nature et cet usage public qui fondent aujourd’hui la richesse écologique et la valeur d’usage du site. Ce parcours, de la gravière à l’espace naturel, illustre bien la capacité des milieux perturbés à se régénérer et à accueillir une biodiversité remarquable.

Le contexte humain local

La commune de Fleurville compte environ 504 habitants (2021), avec une densité de 128,9 hab/km², légèrement supérieure à la moyenne de la communauté de communes. La population est globalement stable depuis les années 2010, après une croissance modérée dans les décennies précédentes.

L’économie locale est tournée vers le commerce de proximité et les services, dans un contexte rural sans industrie à l’échelle immédiate. La commune est intégrée dans l’aire des appellations viticoles de Bourgogne (Mâcon, Bourgogne, Crémant de Bourgogne…), ce qui reflète l’identité agricole du territoire environnant.

Sur le plan réglementaire, le PLUi Mâconnais-Tournugeois (en vigueur depuis mars 2024) classe le site en zone naturelle et récréative, sans perspective d’urbanisation. Ce classement est cohérent avec la vocation du site et avec les enjeux écologiques identifiés.

Les risques naturels : composer avec la Saône

Le risque d’inondation : enjeu fort, spécificité du site

Le plan d’eau de Fleurville est situé dans la plaine inondable de la Saône. C’est une réalité géographique fondamentale du territoire : à Fleurville, 70 % de la surface communale est en zone inondable, et le site d’étude est classé en zone rouge du Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRi) de la Saône, arrêté le 5 juillet 2011.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

La Saône est un fleuve à régime pluvial océanique : elle connaît des crues hivernales fréquentes mais relativement lentes, sans la brutalité des crues méditerranéennes. En revanche, elle peut s’étendre sur de vastes surfaces et maintenir des niveaux hauts pendant plusieurs semaines. Ces crues peuvent être amplifiées lors de phénomènes combinant pluies océaniques et fonte des neiges dans les Vosges et le Jura, comme lors de la grande crue de 1840.

La zone rouge du PPRi correspond aux zones inondables à préserver de toute urbanisation nouvelle, pour des raisons de sécurité et pour maintenir les champs d’expansion des crues. Un parc photovoltaïque flottant présente toutefois une compatibilité de principe avec ce type de zone, puisque les panneaux reposent sur l’eau et non sur un sol imperméabilisé, et que des équipements de loisirs en plein air sont admis par le règlement du PPRi. Une étude hydraulique complémentaire sera nécessaire pour évaluer précisément le comportement du plan d’eau lors des crues et les éventuels impacts du marnage sur les installations flottantes.

💡 Ce point est justement l’un des avantages intrinsèques du photovoltaïque flottant : en posant les panneaux sur l’eau plutôt que sur un terrain, on évite toute imperméabilisation des sols, ce qui est compatible avec la préservation des zones d’expansion des crues.

Du diagnostic au projet : adapter la centrale aux enjeux du site

Un site exigeant, un projet à concevoir avec précision

L’état initial a mis en évidence un site d’une richesse écologique remarquable, caractérisé notamment par :

  • La présence de zones humides sur la quasi-totalité de sa superficie.
  • Des habitats naturels patrimoniaux, dont plusieurs d’intérêt européen (Natura 2000).
  • Une faune diversifiée et remarquable (oiseaux paludicoles nicheurs, chauves-souris, libellules rares…).
  • Une position stratégique dans les continuités écologiques de la vallée de la Saône.

Cette richesse n’est pas un obstacle au projet, mais elle en définit les conditions de réalisation. La séquence ERC (Éviter – Réduire – Compenser) constitue la feuille de route pour concevoir un projet qui soit à la fois une réponse à l’urgence climatique et respectueux du vivant qui l’accueille.

Les grands principes de conception du projet

1. Éviter les secteurs les plus sensibles

La définition de l’emprise du parc flottant devra exclure les zones à enjeux écologiques forts ou très forts :

  • Les prairies alluviales inondables à Laîche à épis noirs (enjeu fort), qui bordent l’ouest et le nord-est du plan d’eau.
  • La zone de vases exondées au nord, habitat unique du Tétrix des plages et de nombreux odonates.
  • Les roselières et berges utilisées par le Phragmite des joncs pour nicher.
  • Les boisements riverains et l’îlot central, gîtes potentiels pour les chiroptères et les oiseaux.

L’implantation des panneaux flottants devra se concentrer sur le plan d’eau lui-même, en préservant une frange périphérique libre de toute installation, permettant le maintien des végétations aquatiques (Myriophylle en épi, Nénuphar jaune) et l’accès des espèces à l’eau.

2. Réduire les impacts pendant les travaux

La phase de chantier est souvent la plus perturbatrice pour la nature. Plusieurs mesures de réduction seront impératives :

  • Adapter le calendrier : interdire les travaux à proximité des zones de nidification des oiseaux sensibles entre avril et fin juillet.
  • Baliser les zones sensibles avant le début du chantier pour protéger les espèces patrimoniales végétales (Laîche à épis noirs, Œnanthe à feuilles de Silaüs) et les habitats humides.
  • Éviter tout apport de matériaux susceptibles d’introduire des espèces envahissantes sur un site qui en compte déjà 16.
  • Limiter les mouvements d’engins aux zones prévues, sans empiéter sur les prairies humides.

3. Réduire les impacts en phase d’exploitation

Une fois le parc en fonctionnement, la conception des équipements intègre elle aussi des mesures environnementales :

  • Laisser libres les abords immédiats du plan d’eau pour permettre la continuité des habitats de berge et le déplacement de la faune.
  • Limiter les effets de surplomb des panneaux sur la végétation aquatique pour préserver la transparence lumineuse de l’eau, essentielle à la vie des hydrophytes et des poissons.
  • Gérer les câbles et structures de façon à ne pas créer d’obstacles ou de pièges pour les oiseaux plongeurs et les chauves-souris.
  • Proscrire tout éclairage artificiel nocturne sur le site, qui perturberait l’activité des 16 espèces de chauves-souris et des oiseaux migrateurs.
  • Maintenir une gestion extensive des prairies autour du parc, en conservant notamment les pratiques de fauche tardive favorables aux espèces des prairies humides.

4. Anticiper la compensation

Si, à l’issue de la conception détaillée, des impacts résiduels significatifs ne peuvent être évités ni réduits, des mesures compensatoires devront être définies. Elles pourraient consister, par exemple, en la restauration de prairies humides dégradées dans la vallée de la Saône, ou la mise en gestion écologique de parcelles bocagères à proximité. Ces mesures seront définies en concertation avec les services de l’État.

Et la suite ?

L’état initial présenté ici constitue la première brique de l’étude d’impact. Les prochaines étapes seront :

  1. La définition précise de l’implantation du parc : quelle surface de plan d’eau ? Quelle orientation des panneaux ? Quels accès ?
  2. L’analyse détaillée des impacts de cette implantation sur chacun des enjeux identifiés.
  3. La définition du programme de mesures ERC et son intégration dans le dossier de demande d’autorisation.
  4. L’instruction par les services de l’État et la consultation du public.

Ce site sera régulièrement mis à jour pour vous tenir informés de l’avancement de ces étapes. N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions.